Une étude de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a avancé le fait qu’un mode de vie sain pouvait ralentir le risque de maladie d’Alzheimer, quelle que soit sa prédisposition génétique. Publiée dans la revue Alzheimer’s & Dementia, celle-ci est une première en France. Analyse.
Un mode de vie plus sain pour retarder l’apparition de la démence
L’étude en question a été publiée en juin 2024 et menée par la chercheuse Cécilia Samieri. Les équipes ont suivi pendant 12 à 17 ans plus de 5 000 personnes âgées de plus de 65 ans habitant à Dijon, Montpellier et Bordeaux. Chaque participant s’est vu attribuer un « score de risque » appelé « LIfestyle for BRAin health score (LIBRA) » comprenant 12 composantes, parmi lesquels des facteurs liés au mode de vie (mauvaise alimentation, inactivité physique, faible engagement dans des activités cognitives stimulantes, consommation d’alcool et de tabac nulle ou élevée…).
Ce score tenait également compte de données liées à la santé cardio-métabolique, à savoir si le patient avait des antécédents de maladie cardiaque, de diabète, un taux de cholestérol élevé, s’il présentait une hypertension, un dysfonctionnement rénal ou encore s’il souffrait d’obésité ou de dépression. Les résultats ont démontré que plus un individu avait un score LIBRA élevé, c’est-à-dire un grand nombre de facteurs « dans le sens défavorable à la santé », plus il présentait de risque de développer la maladie, et ce « quelles que soient ses prédispositions génétiques pour l’Alzheimer ». En bref, avec un mode de vie plus sain, il a moins de risque de la développer.
Des données qui ont un effet concret dans la prévention de la maladie d’Alzheimer
Ces nouvelles conclusions vont très certainement encourager les personnes à modifier certains de leurs comportements et à agir sur des facteurs de risque modifiables. Selon Cécilia Samieri, cela « est susceptible d’apporter des bénéfices significatifs pour réduire le vieillissement cognitif et retarder les symptômes de la maladie d’Alzheimer », pour le moment incurable.
Concrètement, il est conseillé d’adopter une alimentation équilibrée, en privilégiant le régime méditerranéen, en réduisant votre consommation de sucre et d’aliments ultra-transformés, et en maintenant un bon apport en oméga-3 (saumon, noix, graines de lin…). A côté de cela, il convient de continuer à faire de l’exercice physique régulièrement (marcher au moins 30 minutes par jour, pratiquer des exercices cardiovasculaires, de renforcement musculaire, d’équilibre…) et à stimuler votre cerveau (en lisant, en jouant à des jeux de réflexion, via des interactions sociales…). Enfin, il faut essayer de bien dormir, avec une routine de sommeil régulière et une proscription des écrans et de la caféine avant de vous coucher.
Un nouvel algorithme pour aider à dépister les personnes à risque
Une autre étude de l’Inserm, de janvier 2025, a quant à elle avancé le fait qu’un nouvel algorithme pouvait aider à dépister les personnes à risque. En effet, au centre de recherche Bordeaux population health, une équipe a développé une méthode permettant, à partir de données biologiques et cliniques, de prédire le risque de présenter un seuil pathologique de dépôts amyloïdes dans le cerveau. Facilement utilisable chez des patients présentant des troubles de la mémoire sans être atteints de démence, ce modèle pourrait aider à identifier des personnes à risque de développer la maladie d’Alzheimer et permettre une prise en charge des formes débutantes de la pathologie.
« Nous avons cherché une méthode (…) qui pourrait être proposée au plus grand nombre (…) et développé un modèle prédictif d’un seuil pathologique de dépôts amyloïdes, à partir de critères sociodémographiques, biologiques ou encore cliniques », explique Carole Dufouil, directrice de recherche Inserm au centre de recherche Bordeaux population health. Lisa Le Scouarnec, épidémiologiste, biostatisticienne et doctorante dans son équipe et au centre d’investigation clinique de Bordeaux, ajoute : « Sa sensibilité et sa spécificité ne sont pas à la hauteur de celles des examens traditionnels par imagerie ou ponction lombaire » mais elle précise qu’à terme l’objectif « est de proposer un outil facile et rapide à mettre en œuvre en remplacement des techniques de dépistage actuelles ».
(Crédit photo : iStock / Halfpoint Images)