Donner un temps au deuil en EHPAD, une nécessité - Odella.fr

En EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) règne encore aujourd’hui beaucoup de silence, voire de gênes, autour de la mort. Ce sujet « tabou » angoisse tout autant les résidents, les familles que les soignants, d’où l’importance d’inscrire l’accompagnement du deuil dans les missions des maisons de retraite. Le point. 

La mort en EHPAD : un tabou à dépasser 

La Fondation Korian pour le Bien-Vieillir est l’un des premiers organismes à s’être véritablement penché sur le sujet avec un livre blanc très complet. Elle s’est notamment intéressée aux raisons du déni et des non-dits autour de la mort dans notre société. Tout ceci serait dû à l’appauvrissement de la culture de l’accompagnement en Occident. Pourtant, la mort n’est pas taboue partout dans le monde et la conscience de sa finitude aiderait même à mieux vivre les derniers instants dans d’autres pays. Sortir de ce déni passe par le développement d’une culture palliative concrète.  

Aujourd’hui, si 68,5% des établissements mettent en place une attention particulière pour présenter leurs condoléances (envoi de fleurs ou d’une carte à la famille, présence d’un membre de l’équipe lors des obsèques…), 16,8% n’annoncent pas le décès aux autres résidents. De leur côté, les membres du personnel sont majoritairement prévenus des décès par écrit, à hauteur de 92%. Il faut oser la libération de la parole et l’expression de ses émotions, au risque de rendre la mort plus angoissante et les deuils plus lourds encore. Pour Marie de Hennezel, psychologue, psychothérapeute et auteure française « Les personnels des maisons de retraite doivent pouvoir échanger sur le sujet, car la parole délivre ». Il faut également apprendre à écouter, à être présent auprès des résidents et trouver les mots justes pour leur ouvrir des espaces d’expression et ainsi être en mesure de respecter leurs dernières volontés le moment venu. 

Les pistes pour donner une place au deuil en EHPAD 

Au-delà de sortir du déni de la mort, d’autres pistes permettent de donner une place au deuil en EHPAD. Certains établissements d’accueil proposent par exemple un rituel associant la famille, les soignants et les résidents à un hommage collectif : la « haie d’honneur ». Cet instant de recueillement prévoit l’accompagnement du corps du défunt jusqu’au véhicule funéraire par les personnes souhaitant lui rendre un dernier hommage. Une façon de réintroduire de la dignité et de l’humanité autour de la mort. En ce sens, d’autres initiatives voient également le jour, tout d’abord pour le défunt, avec la présence de bougies, de photos, le respect de ses souhaits ou encore le choix de ses vêtements. Pour la famille, certains EHPAD prévoient une annonce spécifique, un soutien psychologique, un accueil personnalisé ou un service d’aide aux démarches administratives.  

Les résidents peuvent quant à eux être accompagnés lors du décès d’un des leurs par la mise à disposition d’un livre de condoléances remis ensuite aux proches, la mise en place d’un mur du souvenir, l’accompagnement dans la chambre pour ceux qui souhaitent se recueillir, une information dans la gazette de l’établissement… Enfin, le personnel peut être invité à participer à des groupes de parole, à un moment de recueillement dans la chambre du défunt, etc. 

Le deuil en EHPAD en temps de coronavirus 

Les résidents en maisons de retraite figurent parmi les populations les plus durement touchées par le coronavirus. Durant la première vague, plusieurs établissements se sont en plus heurtés à des problématiques liées à la mise en place des protocoles funéraires, faute d’équipements de protection suffisants. En février 2020, le Haut Conseil à la santé publique (HCSP) préconisait en effet, entre autres, l’absence de soins funéraires, de toilette mortuaire, et une mise en bière de la personne décédée de la Covid-19 sous deux heures, avec fermeture du cercueil sans présentation à la famille.  

Ces recommandations, particulièrement radicales, ont empêché les proches de faire leur deuil comme ils l’entendaient. Depuis, elles ont heureusement été assouplies avec, notamment, la possibilité de voir le défunt, ainsi que des autorisations exceptionnelles de visite pour les personnes en fin de vie dans le strict respect des gestes barrières.