Il semblerait que les pratiques funéraires cherchent à devenir plus vertes ! Alors que l’inhumation et la crémation restent les méthodes les plus répandues, une alternative prometteuse fait parler d’elle : l’aquamation, aussi appelée biocrémation ou crémation par l’eau. Moins énergivore et plus respectueuse de l’environnement, elle séduit de plus en plus de familles. Cette innovation pourrait-elle bientôt voir le jour en France ? On vous répond.
Qu’est-ce que l’aquamation ?
L’aquamation funéraire, l’hydrolyse alcaline, est une alternative écologique à la crémation traditionnelle et à l’inhumation. Ce procédé utilise de l’eau chaude mélangée à un agent alcalin (souvent de l’hydroxyde de potassium ou de sodium) pour accélérer la décomposition du corps. Concrètement, le corps de la personne décédée est placé dans une cuve en acier inoxydable remplie de la solution en question. Celle-ci est chauffée à une température entre 90 et 150 °C et une pression est appliquée pour empêcher l’ébullition. En quelques heures, les tissus du corps se décomposent en leurs composants chimiques de base. Les os sont quant à eux réduits en poudre blanche (comme les cendres d’une crémation) et une solution aqueuse contenant des éléments naturels du corps (acides aminés, peptides, sucres…) est évacuée de manière écologique.
Quels sont les avantages de l’aquamation ?
L’aquamation présente plusieurs avantages, notamment sur le plan écologique. En effet, la méthode diminue votre empreinte carbone en consommant moins d’énergie que la crémation. Elle n’émet en outre pas de dioxyde de carbone ni de mercure provenant des amalgames dentaires. L’aquamation ne consomme par ailleurs pas de ressources naturelles, à l’inverse de l’inhumation qui nécessite du bois (pour le cercueil), des métaux (pour les ornements) et du béton (pour les caveaux). Elle n’entraîne aucune contamination des sols (liée aux fluides corporels ou aux produits d’embaumement) dans la mesure où l’eau utilisée est filtrée avant d’être rejetée proprement.
L’aquamation présente au reste des avantages humains et éthiques. Il s’agit d’un processus plus doux et respectueux que la crémation, car il mime la décomposition naturelle du corps, mais de façon accélérée. Enfin, le coût est souvent inférieur à celui des méthodes funéraires traditionnelles (pas d’embaumement, d’achat de caveau, de pierre tombale, de concession de terrain…).
Pourquoi l’aquamation n’est-elle pas disponible en France ?
Seules l’inhumation et la crémation sont autorisées
Bien qu’avantageuse à de nombreux égards, l’adoption de l’aquamation reste encore limitée selon les pays. La pratique est légale au Canada, dans certains Etats des États-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne. Elle n’est pas encore autorisée en France pour plusieurs raisons, qui touchent à la législation, aux habitudes culturelles, et à des contraintes techniques et environnementales. Dans l’Hexagone, seules l’inhumation et la crémation sont légales pour le moment. Toute innovation dans ce domaine nécessite une validation des instances gouvernementales, une consultation des acteurs du secteur funéraire ainsi qu’une analyse des impacts environnementaux et sanitaires, ce qui peut prendre plusieurs années.
Les principaux freins à l’acceptation de l’aquamation
Une des principales préoccupations est le traitement des résidus liquides. Comme expliqué précédemment, lors de l’aquamation, les tissus corporels sont transformés en une solution aqueuse contenant des éléments organiques dissous. Dans les pays qui autorisent cette pratique, cette eau est filtrée, stérilisée, puis rejetée dans les égouts. En France, l’idée que ces résidus puissent finir dans le réseau d’assainissement soulève des réserves éthiques et psychologiques, car cela peut être perçu comme un manque de respect envers le défunt. De plus, certaines confessions sont opposées à l’aquamation. A titre d’exemple, dans l’islam et le judaïsme, l’intégrité du corps est primordiale, et l’idée de dissoudre un défunt dans l’eau est perçue comme contraire aux traditions. Se pose aussi la question des infrastructures. Aujourd’hui, aucune entreprise funéraire ne possède l’équipement nécessaire et de telles installations (achat de machines, entretien…) représentent un investissement coûteux.
Une évolution de la législation est-elle à prévoir ?
Malgré ces freins, l’aquamation pourrait un jour être autorisée en France, notamment grâce à la pression écologique. Des discussions commencent à émerger et certains acteurs du funéraire plaident pour son autorisation. Cependant, pour l’instant, aucun projet de loi concret n’est en cours. Affaire à suivre…
(Crédit photo : iStock / Malte Mueller)